PISTOLEROS 2004

°°°"Like most,boys,I used to enjoy roaming the forest or wandering along the waterline picking up sticks shaped like pistols."

Fifty years letter,my daily confrontation with the atrocities and the genocides in Srebrenica and Rwanda,or even Iraq,inspired me to draw on what originally started out as a game.
I decided to photograph these bits of wood, with terrifying precision.By adding words and text I was able to push these images to an unexpected climax.This combination has thus become a cry of resistance and an indictment of men's never-ending cruelty.Spring proved to be the ideal period to collect the evidence that I was looking for.The twigs dropped by birds while building their nest were photographed and catalogued like the evidence of a crime.These items where then given a new meaning.The dove's olive branch was transformed into a " nest of weapons ".The veil covering our society is lifted for a mere second:the list is endless.Hundreds of millions of innocent people died during ongoing conflicts.

Pistoleros is a cynical and sad reminder of political events,massacres,dictators,victims and the people who fought the turn of events with words and their inner conviction.In contrast, these photos do not display this cruelty: rather,they confront us with our own carapace of indifference,which in turn becomes an ideal breading ground for this cruelty.

°°°"Zoals alle jongens raapte ik tijdens mijn zwerftochten door wouden of stranden stokjes op die op pistolen leken."

Mijn dagelijkse confrontatie met de gruwelen en de genocides van Srebenica, Rwanda en ook Irak deden me nu, 50 jaar later, teruggrijpen naar wat toen als een bosspel begon.Ik besloot deze stukjes hout met een beangstigende scherpte te fotograferen.Door toevoeging van woord en tekst werden deze beelden naar een onverwachte climax gestuwd.Deze combinatie wordt een schreeuw van weerstand en een aanklacht tegen de nooit eindigende wreedheid van de mens.De lente bleek een ideale periode om bewijsstukken te verzamelen.Wat de vogels verloren tijdens het bouwen van hun nesten,werd gefotografeerd en gecatalogeerd zoals bewijslast bij een misdaad.Deze registraties kregen een nieuwe bestemming en betekenis.De olijftak van de vredesduif veranderde in een wapennest.Het deksel van onze samenleving wordt maar even opgelicht, de lijst is te lang, honderden miljoenen mensen stierven tijdens conflicten.

Pistoleros is een cynische en droevige knipoog,die refereert naar politieke gebeurtenissen,massamoorden,dictators,slachtoffers en mensen die er met woord en overtuiging tegen gevochten hebben.Deze fotografie toont de wreedheid niet,ze confronteert ons met onze mantel van onverschilligheid die haar voedingsbodem wordt.

°°°"Comme tous les enfants,quand je me baladais dans les bois ou sur la plage,je ramassais des bâtons en forme de pistolets…"

Cinquante ans plus tard,mes confrontations quotidiennes avec les atrocités,le massacre de Srebrenica,les génocides Rwanda ou en Irak m'ont poussé à m'inspirer de ce qui avait commencé comme un jeu.
J'ai décidé de photographier ces petits bouts de bois avec une précision angoissante.En y ajoutant des mots et du texte,j'ai poussé ces images a un paradoxe inattendu.Cette association devient un cri de résistance et un avertissement contre la cruauté infinie de l'homme.
Le printemps m'a semblé être la période idéale pour rassembler des pièces a conviction.Ce que les oiseaux laissaient tomber en construisant leur nid a été photographié et répertorié telles les preuves d'un crime.Toutes ces pièces ont reçu une nouvelle affectation et une nouvelle signification.La branche d'olivier de la colombe s'est transformée en un " nid d'armes".Cependant,le voile qui couvre notre société ne se soulève en partie.La liste est trop longue.En effet, les conflits ont fait des centaines de millions de morts.

Pistoleros est un clin d'oeil triste et cynique aux éléments politiques,aux massacres, aux dictateurs, aux victimes et à ceux qui les ont combattus
par leurs paroles et leurs opinions.Cette forme de photographie ne représente pas la cruauté,elle nous confronte a la carapace d'indifférence qui en devient le moteur.

Black and white negatives 4x5 inch
scanned and digital printed on archival
Hahnemuhle digital paper ink-jet print
Two editions of 4 on two formats
114x143 and 89x114cm
signed and numbered
titles and text embossed in picture
numbered and signed

Avec des bouts de bois trouvés en forêt ou en jardin,
Karel Fonteyne interroge nos pulsions violentes.

Deux gamins dans un forêt par un beau dimanche ensoleillé.
L'un se penche et ramasse un bout de bois.L'autre se saisit d'une pomme de pin.
"Pan! Pan !" crie le premier en brandissant son arme imaginaire. "Baoum !" hurle le second en balançant sa grenade improvisée.

" On a tous des souvenirs d'enfant de ce type,sourit le photographe Karel Fonteyne.
La violence,la cruauté,c'est dans les gènes.9a vient de très très loin.
KF a donc décidé d'évoquer ces sujets par par la photographie.
Mais de manière inattendue.
"Je sais que mon travail peut désarçonner.Certains m'ont demandé pourquoi je n'allais pas faire mes photos en Irak.
D'une part,il y a des tas de gens qui le font.
D'autre part,à voir des corps déchiquetés,du sang,des larmes,on finit par être insensible à ça. Je préfère évoquer ces sujets par la bande et susciter la réflexion.
Je photographie des bouts de bois que je trouve en forêt,dans le jardin.
Ces morceaux de bois innocents sont associés à un mot,un texte et le tout nous confronte a quelque chose que je ne montre pas."

Ce faisant Karel Fonteyne écarte l'émotionnel pour mieux inviter à la réflexion.
Un morceau de bois entouré d'échardes pulvérisées est associé a Dien Bien Phu.
Une branche couverte de grosses épines fait référence à Federico Garcia Lorca.

"C'est comme du fil barbelé,cela évoque les camps de concentration,la torture.
Et en même temps,c'est une image très poétique."

Pour Los Pinos de Pinochet, il photographie des bouts de branches de pin.
L'une a la forme d'un pistolet,l'autre d'une mitraillette… Tout un arsenal renvoyant, non sans humour,a l'univers du dictateur chilien.
Le contraste entre ces images récentes très dépouillées et les travaux plus anciens, présente dans une autre partie de la galerie,est étonnant.
Le parcours,raconté par le photographe,est pourtant logique…

"Au début,quand j'avais 19 ans,j'étais très impressionné par Bergman,Fellini… Ce qui me frappait chez eux,c'était les dialogues et le manque de dialogue, l'usage du son qui remplace le dialogue et permet d'imaginer des choses. Cela m'a donné le déclic pour la photo. comme j'étais très introverti,la photo m'a aidé a m'exprimer,a utiliser que j'avais en moi. Le monde intérieur a beaucoup plus de force et de profondeur.Le monde extérieur n'est souvent qu'un vernis superficiel."

A la fois un témoignage sur une réalité politique et un objet artistique assez conceptuel.

KF se lance donc dans la réalisation de photographies assez mystérieuses,montrant le côté noir de l'être,dans un style surréaliste.

"On nest pas belge pour rien,s'amuse-t-il.Je partais de rêves,de fantasmes que je mettais en scene.J 'adorais créer de nouvelles réalités en associant des choses a priori opposées."

Malheureusement,ce type de travail, au milieu des années 70, ne suscite guère d'intérêt. Il se recycle donc,pour raisons alimentaires,dans la pot de mode.
Et comme cela ne marche pas en Belgique, il part pour l'Italie ou il trouve toute la liberté dont il a besoin pour créer. Du coup, on le demande de plus en Belgique et ailleurs.
Résultat: de l'argent,du succès… et un gros épuisement qui le mène droit a l'hôpital.

Il décide alors d'arrêter et se lance dans la réalisation d'un livre intitulé Black Earth.
Découvrant celui-ci, les responsables de Vogue Paris l'appelent et lui proposent de collaborer a leur luxueux magazine.
"J'avais toujours rêvé de travailler pour eux. Je l'ai fait pendant un an et soudain, j'ai réalisé que ça ne m'intéressait plus."

Karel décide alors de tout vendre et part ouvrir une maison d'hôte en Espagne.Il continue a Photographier mais pour lui uniquement.
"C'est la que j'ai commencé à aller vers quelque chose de plus en plus abstrait et de plus en plus engagé."
Le tournant, ce fut une série sur les pages censurés dans les encyclopédies illustrées a l'époque de Franco. Les passages interdits étaient soigneusement raturés à l'encre de Chine. En photographiant ces pages, je suis arrivé à quelque chose de figuratif qui avait un aspect abstrait. A la fois un témoignage sur une réalité politique et un objet assez conceptuel. Du coup,au lieu de d'inventer a partir de mes rêves comme a mes débuts,je suis beaucoup plus parti des choses existantes."

C'est ainsi qu'est née la série Pistoleros que l'on peut admirer aujourd'hui,tout en la confrontation à ces différentes étapes du passé pour mieux appréhender le parcours d'un artiste toujours prêt à repartir dans de nouvelles directions.

Texte de Jean- Marie Wynants pour Le Soir.2007